Plusieurs facteurs sont à l'origine de beaucoup de transformation chez les adolescents. L'anorexie est un cas extrême dans les pratiques de transformation de soi.
Le point de départ peut s'avérer un simple régime amaigrissant, une remarque désobligeante, un problème scolaire ou un deuil, qui entrent en résonance avec le contexte déstabilisateur de l'adolescence.
Nous allons voir maintenant grâce à notre étude les 3 grands facteurs pouvant déclencher une anorexie chez les adolescentes :
· Le rôle des parents : Le développement de l'anorexie chez les adolescentes est lié à plusieurs facteurs dont la relation mère-fille car elle intervient dans le processus d'individualisation et de maturation propre à l'adolescence. Tout d'abord, nous avons put observer que les jeunes filles les plus touchées sont issues d'un milieu socio-culturel élevé, nous en avons déduit que le rôle des parents dans ce milieu est plus déterminé et plus marqué, que les parents instaurent des règles dures à suivre. La jeune fille va voir en sa mère un modèle sur le plan moral, parfois idéalisée, une mère parfaite, inaccessible qu'elle pense incapable d'égaler, ou bien un modèle qu'elle rejette et refuse inconsciemment de reproduire. La cause peut également être le refus du développement de son corps vers celui de sa mère comme la dit Isabel le Carbonel dans "ça se discute" le 17 Mars 2004: "L'anorexie est liée à l'image de la mère, la jeune fille refuse de voir son corps se modifier pour devenir comme celui de sa mère." De ce fait il y a un blocage qui s'instaure dans le développement psychologique de l'adolescente qui l'empêche de grandir et de devenir autonome. On peut décrire un type particulier de mère d'anorexiques: elles seraient hyper protectrices, peu chaleureuses, peu affectives, ayant tendance à refouler ses émotions. Souvent anxieuses, elles pourraient voir en leur rôle de mère une revalorisation narcissique que seule une "enfant parfaite" pourrait leur apporter. Elles auraient des difficultés à percevoir les besoins de leur enfant. Le rôle du père est différent, on le définirait comme étant chaleureux, complice avec leur fille, intervenant peu dans les décisions familiales ou au contraire autoritaire et distant. La famille et surtout les parents ont une place décisive dans l'évolution de la maladie de leur enfant. L'anorexique
est souvent confrontée à ce que l'on attendait d'elle: "une enfant idéale" qui va satisfaire ses parents par son travail scolaire, sa gentillesse, sa discrétion, on n'a jamais rien à lui reprocher.
· La mode et les media : La société de consommation adresse des messages paradoxaux : "Consommer, Soyer mince ". Nous vivons dans une société valorisant l'apparence: la perception négative du corps et de la peur d'être grosse en sont les conséquences directes. Cet idéal minceur constitue un conflit de motivation. L'influence des médias à travers les magazines féminins ou les émissions télévisées, est très importante car proposant aux jeunes des modèles comme les stars ou les mannequins, ils les conditionnent plus ou moins en imposant des critères de beauté ou les formes sont effacées ( plus de poitrines, de fesses...). Les quelques jeunes filles que nous avons interrogées autour de nous ont été unanimes : les images des mannequins visibles dans les revues ou projetées par le petit écran les encouragent à maigrir. De plus, les troubles du comportement alimentaire sont traités de plus en plus par les médias et on peut se demander si les émissions de télé-réalités, les reportages répétés sur le quotidien des anorexiques et boulimiques, ont une valeur dissuasive pour les jeunes, ou au contraire est-ce une sorte de fascination qui les incitent à les imiter. Au-delà d'une simple valorisation de la minceur, c'est un véritable culte du corps qui s'est développé à travers la mode, les soins corporels et le sport. En effet, dans l'optique de l'affirmation de l'individualisme qui a aboutit à une relation faussée avec son propre corps, celui-ci doit être modelé, maîtriser, contrôlé. Les médias et la mode ont instauré une valorisation sociale de la minceur qui correspond à des critères de beauté, d'élégance et de distinction mais aussi à une hantise de l'obésité. Par conséquent, les malades donnent plus d'importance au paraître qu'à l'être : elles ne se voient qu'au travers des autres et attachent une importance surprenante aux jugements des autres sur leur physique. Elles en viennent à vouloir la réussite totale (activités scolaires, sociales, sportives) qui ne laisse d'autre alternative qu'un échec honteux pour elles. Les médias et la mode instaurent, en effet, des idées perfectionnistes qui amènent les adolescentes à vouloir « être parfaite pour tout le monde ». Suivre la mode est essentiel pour la plupart des jeunes filles « pour être au même niveau que les autres et heureux dans la société ».
· Le rôle de la société : Il se trouve également que la beauté semble bel et bien un aspect incontournable de la féminité : on a pu montrer que les filles belles et minces sont jugées plus féminines ; tandis que celles qui sont plus fortes et qui mangent sans retenue sont considérées comme plus masculines. La féminité -dont, selon l'état actuel de la société, la minceur- se révèle non seulement être un atout précieux pour la femme ou la jeune fille, dans ses relations professionnelles que privées, mais aussi un élément essentiel de son sens de l'identité, de l'image qu'elle se construit elle-même. La recherche de la minceur apparaît alors pour la femme comme un moyen de s'affirmer, de développer son identité. Comme le poids imposé par les canons de la beauté, est pour la majorité, bien inférieur au poids qui, compte tenu de notre mode de vie, nous serait naturel et auquel le corps aurait tendance à se stabiliser, la plupart des individus ne se maintiennent au poids convoité qu'au prix d'une restriction alimentaire permanente. On en conclut, donc, que l'image sociale de la jeune fille prônée par l'Occident est l'une des principales causes des troubles du comportement alimentaire, en particulier l'anorexie et la boulimie. L'obligation sociale faite à la femme d'être artificiellement mince. La société et ses normes contribuent à la fétichisation et à la glorification d'un corps féminin anormalement svelte.